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Quelle rémunération pour les fondateurs de start-up?

Une question m’a été récemment posée concernant la rémunération des créateurs de start-up. En l’occurrence, une personne qui voulait se lancer dans l’aventure me demandait si les revenus du fondateur étaient liés au pourcentage d’actions qu’il possédait dans l’entreprise.

Je pense que ce genre de questions mérite un éclaircissement important.

Premièrement, il faut distinguer des notions fondamentales et ne pas les mélanger. La première notion correspond à la nature de ce que l’on rémunère car dans tout projet entrepreneurial il y a 2 aspects à rétribuer. Le premier étant le travail effectué et le deuxième étant l’investissement financier réalisé, associé au risque pris de le perdre si le projet ne marche pas comme prévu.

La rémunération du travail effectué peut être réalisée par le versement de salaire si l’on opte pour le statut salarié, ou sous forme d’honoraires si l’on opte pour un statut non salarié. Cette deuxième option est obligatoire pour un gérant majoritaire de SARL. Ce dernier perçoit des honoraires au titre d’un statut de profession libérale, ce sont des revenus dits TNS (Travailleur non Salarié). L’avantage de ce statut est que le niveau de cotisation est inférieur à celui du régime salarié, mais en contrepartie le niveau de retraite est moins généreux que celui des salariés en statut cadre. Le choix de la forme sous laquelle la rémunération doit être versée est à évaluer en fonction de chaque cas qui est particulier et des aspirations de chacun.

Un aspect souvent ignoré sur le choix du statut et qui atténue l’avantage du statut salarié est que le statut salarié d’un dirigeant d’entreprise ou d’un mandataire social n’est pas totalement identique à celui d’un salarié lambda, puisse qu’il ne peut pas bénéficier de la couverture de l’assurance chômage, même s’il opte pour ce statut salarié.

Le deuxième aspect à rétribuer correspond au risque financier pris. Ce risque financier correspond à l’argent que l’on apporte dans la société la plupart du temps pour en constituer le capital social. Ce risque financier peut être rémunéré par des dividendes qui seront versés au fondateur ou aux cofondateurs actionnaire(s) s’il a des résultats qui le permettent. Mais dans la majorité des cas ce n’est pas possible dans le cas d’une start-up, il faut donc trouver une autre forme de rémunération de cette prise de risque.

Nous arrivons tout naturellement à la seconde notion qui ne correspond pas à la nature de ce que l’on rémunère mais plutôt à la forme sous laquelle on rémunère. On peut être rémunéré sous forme de flux ou sous forme de stock. Les flux, nous venons de les voir précédemment : salaire et dividendes. Pour ce qui est des stocks, il faut comprendre plus-value potentielle sur le capital détenu dans la société. Et c’est surtout par cet axe que l’on peut espérer rémunérer la prise de risque financière, car il est difficile d’imaginer une rémunération du capital qui a été investi dans la start-up sous forme de dividendes. En effet, dans la majorité des cas, cette société naissante n’est pas rentable à court terme et n’aura de toute façon pas rapidement les disponibilités et la trésorerie nécessaires pour rémunérer le capital, elle doit conserver toutes ses liquidités s’il lui en reste, pour les investir sur son développement futur.

D’ailleurs, la plupart des investisseurs qui entrent au capital, c’est-à-dire ceux qui ne contribuent que par un apport financier (et aussi très souvent par un apport de conseils et de réseau relationnel), ces investisseurs ne comptent pas rémunérer leur investissement en capital par des dividendes, non, ils espèrent réaliser une plus-value potentielle lors d’un deuxième tour de table ou lors d’une session future de l’entreprise.

Dans ces conditions, il est difficilement imaginable que le fondateur cherche à se rémunérer par des dividendes sur la start-up qu’il vient de créer.

En revanche, le fondateur va être partie prenante dans le projet au quotidien et va donc effectivement pouvoir prétendre à une rémunération (salaire ou honoraires) pour le travail qu’il effectuera dans la société. En revanche, il faut que cette rémunération soit en cohérence avec la dimension du projet d’entreprise et avec l’investissement temps du fondateur.

Quand on est dans une logique de start-up, le fondateur doit clairement ne pas s’attendre à obtenir une rémunération conséquente dans la structure qu’il vient de créer, il devra privilégier son retour sur investissement sur la valorisation future de ses actions.

Dans ces conditions, la vraie question que doit se poser le fondateur n’est pas « quelle rémunération vais-je pouvoir prétendre dans ma start-up ? » mais plutôt, « combien me faut-il au minimum pour vivre décemment sur la ou les premières années ? » En effet, il va devoir travailler de manière importante pour valider la faisabilité économique de son projet. Il doit donc intégrer de manière cohérente cette rémunération minimale dont il a besoin, pour lui permettre une sérénité dans son travail au quotidien et se consacrer à 100% à son projet. Il ne doit pas se mettre dans une situation ou l’intendance logistique de sa vie privée lui prendrait du temps et de l’énergie du fait de ne pas avoir de quoi subvenir à un minimum de dépenses.

Au final, quel que soit le statut des cofondateurs dans leur entreprise, qu’ils soient salariés ou travailleurs non-salariés, il est évident que la rémunération perçue sera bien inférieure à leurs valeurs éventuelles sur le marché, bien inférieur à celle qu’ils percevraient s’ils étaient salariés lambda d’une autre structure.

De toute façon, s’ils gagnaient très bien leur vie, les fondateurs n’auraient pas le temps de dépenser cet argent. Donc, il vaut mieux qu’ils se projettent sur une valorisation future de leur capital plutôt que sur leur rémunération à court terme.

Après, si le projet fonctionne, que la société est viable économiquement, qu’elle dégage de la marge et du résultat et qu’elle continue de progresser, la problématique est différente. On entre à ce moment-là dans une négociation plus classique de rémunération de dirigeants en accord avec leurs actionnaires.

On peut même envisager des bons de souscription d’actions gratuites, qui est une forme de rémunération du travail par du stock si on n’a pas la capacité de flux nécessaire pour motiver l’équipe opérationnelle, mais là c’est plus dans une phase ultérieure de vie de la société.

Pour résumer, voici la matrice qui peut représenter mes propos :
matrice_rem

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3 Comments

  • Francis L

    Reply Reply décembre 11, 2014

    Je viens de trouver votre article et je suis très content, car il n’y a pas beaucoup de sources qui traitent du sujet.

    Donc, imaginons que des fondateurs travaillent sur leur projet d’entreprise depuis plusieurs mois et qu’un investisseur vient injecter du capital dans leur start-up, ils peuvent prétendre à utiliser une partie de cet investissement pour se verser des salaires qui couvriront leurs dépenses de vie courante?

    • Olivier PICARD

      Reply Reply juillet 3, 2015

      Bonjour Francis, oui bien évidement, mais le salaire doit être raisonnable et dans une logique start-up, c’est a dire, souvent inférieur à un prix de marché. Les fondateurs ont tout intérêt à valoriser leur travail par de la sortie en capital lors d’une cession future.

  • reda

    Reply Reply décembre 6, 2015

    excellent merci

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