création d'entreprise dans la finance

Témoignage d’entrepreneur : Charles Beigbeder

Charles Beigbeder, entrepreneur multirécidiviste

Je vous propose une série d’interviews d’entrepreneurs et Charles Beigbeder m’a fait l’honneur de bien vouloir ouvrir le bal.

Désolé pour la qualité du son qui n’est pas au top pour entendre mes questions, mon micro avait un problème. Je pars du principe qu’il vaut mieux se perfectionner dans l’action que de se préparer indéfiniment à être parfaitement prêt, sinon on ne fait jamais rien 😉

Parcours de Charles Beigbeder (49 ans)
Président du groupe Gravitation.

Depuis 2007
Charles Beigbeder développe au sein de Gravitation de nouvelles activités dans les domaines de la croissance verte, des services financiers et des nouveaux médias.

2002-2012
Charles Beigbeder fonde et développe POWEO qui est aujourd’hui le premier intervenant indépendant sur le marché français du gaz et de l’électricité. En juin 2009, sa participation dans Poweo est rachetée par le groupe autrichien Verbund. Poweo a depuis fusionné avec Direct Energie pour former le premier opérateur alternatif d’énergie français.

1997- 2001
Sur le modèle de l’américain E-trade, Charles Beigbeder fonde SELFTRADE, société de courtage en ligne à destination du grand public qui se développe, puis est cédée à la banque allemande DAB, puis ultérieurement à Boursorama (groupe Société Générale).

1990-1997
Banquier d’affaires au sein de Paribas, Crédit Suisse – First Boston puis MC-BBL à Londres.

1989
Ingénieur chez Matra Marconi Space.

1988
Diplômé de l’Ecole Centrale Paris.


Retranscription de l’interview.

Olivier Picard : « Bonjour Charles et bienvenue. J’aimerais que tu te présentes rapidement. Je sais que tu es entrepreneur depuis de nombreuses années dans des secteurs d’activités multiples et variés. J’aimerais que tu nous présentes ton cursus, depuis ces nombreuses années d’entrepreneuriat. »

Charles Beigbeder : « J’ai 49 ans, je suis créateur d’entreprises et je suis aussi assez impliqué dans les mouvements patronaux et aussi dans le monde politique. Pourquoi et comment s’est construit ce parcours ? J’ai d’abord fait Centrale, j’étais ingénieur. J’ai commencé par l’industrie, chez Matra, ensuite j’ai été dans des banques d’affaires où l’on donne assez rapidement beaucoup de responsabilités à de jeunes diplômés et au bout de 8 ans, j’ai eu envie de créer ma propre boite. C’est devenu une fixation parce que j’avais lu des biographies de grands capitaines d’industrie comme Bill Gates, Jean-Luc Lagardère… et parce que j’avais envie d’acquérir une autonomie de décision complète, et aussi une certaine indépendance financière qu’il est difficile d’obtenir quand on veut vivre dans une grande ville comme Paris et que l’on n’a pas de fortune personnelle. Même quand on est salarié haut de gamme, ce n’est pas évident et je me suis dit qu’en créant ma boîte, je pourrais peut-être un jour m’acheter un appartement à Paris, c’est aussi l’une des raisons, Il ne faut pas l’oublier ! »

Olivier Picard : « Si je comprends bien, tu fais partie de ces entrepreneurs qui ont eu l’envie d’entreprendre avant même de trouver l’idée? cela a été le leitmotiv. »

Charles Beigbeder : « Absolument, je me suis dit, je fais quelques années dans l’industrie, la banque, comme cadre, mais je savais que je voulais créer mon entreprise, être mon propre patron, cela revenait comme un leitmotiv. Et puis, à partir de ce moment-là, il faut trouver une idée. Finalement ce n’est pas si difficile à identifier, mais il faut quand même éliminer les mauvaises et ensuite faire un business plan. Et là, ma femme m’a soutenu et m’a dit : « vas-y, fais-le, le weekend, la nuit, » donc j’ai mis sur le papier toutes les idées sur le domaine que j’avais identifié, qui était La bourse des particuliers et je me suis « jeté à l’eau » en créant Selftrade en 1997. Cela a été ma 1ère création d’entreprise, ensuite, il y en a eu d’autres : POWEO, puis Agrogeneration, Audacia, j’ai participé aussi à la création d’Atlantico, et d’autres entreprises à succès comme timetosignoff. Maintenant j’ai fondé une société d’investissement qui s’appelle Gravitation. Elle me permet de créer ou de co-créer des entreprises avec des entrepreneurs qui viennent me voir ou que j’identifie et l’on monte une équipe. En quelque sorte j’ai industrialisé le process de la création d’entreprise. Ce travail prend évidemment à 1000%, mais comme j’avais envie d’en faire plusieurs en même temps, j’ai créé cette structure avec une petite équipe. »

Olivier Picard : Donc tu as industrialisé le processus de la création d’entreprise.

Charles Beigbeder : « En quelque sorte. SelfTrade, je l’ai créée tout seul. L’un des premiers écueils est de trouver des partenaires puis des associés, même chose pour POWEO. J’étais PDG de ces deux entreprises, chef d’orchestre sur tous les fronts à la fois. Pour celles qui ont suivi, je n’étais pas le PDG, j’étais créateur ou co-créateur, animateur stratégique, ce que je suis aujourd’hui, souvent président du conseil d’administration, mais je n’en suis pas le directeur général opérationnel. Cela me permet de faire plusieurs projets simultanément et en parallèle d’avoir des responsabilités dans la vie publique. »

Olivier Picard : « A ta première création, car la première fois il est plus dur de franchir le pas, as-tu-eu des hésitations, quelles ont été tes craintes, t’es-tu demandé si c’était le bon moment, as-tu eu tous ces doutes ? »

Charles Beigbeder : « C’est clair que l’on a des doutes permanents lorsque l’on créé sa 1ère entreprise. On est presque timide dans sa démarche, on se dit est-ce que l’on n’est pas fou ? Il est important d’avoir des personnes proches qui vous confortent, de mettre par écrit tout votre plan d’activités, les 1ères étapes de l’entreprise, ensuite de présenter ce business plan à des amis, éventuellement à des financiers que l’on peut vous présenter pour affiner le dossier de création. Il faut formaliser un peu l’idée pour vous aider à, vous-même y croire plus, et à identifier des erreurs. Et puis, cela vous permet également d’identifier l’équipe nécessaire pour démarrer parce que La création d’entreprise n’est pas un one man show. On a besoin, à un moment, d’un associé ou d’une associée, puis rapidement de monter toute une équipe. Pour cela, vous avez besoin d’avoir formalisé votre projet et c’est l’objet du business plan. »

Olivier Picard : « Si je suis ton idée, deux écoles s’opposent quant au secret du futur projet. Certaines personnes sont fermement convaincues qu’il faut garder le secret à tout prix et d’autres convaincues de devoir partager son idée, la faire évoluer mutuellement avec des gens de confiance, bien sûr. Ta démarche a été de te tourner vers ton cercle d’amis, tes connaissances, pour partager l’idée. »

Charles Beigbeder : « Effectivement, un des obstacles est la préservation de la confidentialité, il ne faut pas transmettre la bonne idée à tout le monde surtout que, dans mon cas, mais c’est souvent ainsi, l’entreprise que j’ai créé répondait à un déficit d’offres. C’est-à-dire qu’il y avait un problème en France et cette activité, la bourse des particuliers par internet pas cher, cela n’existait pas. II faut faire attention effectivement à ne pas évangéliser tous vos concurrents ou stimuler d’éventuelles initiatives qui rendraient votre idée obsolète. On est dans la parano permanente, mais j’ai souhaité confronter cette idée avec des proches d’abord, puis j’ai ensuite pris le risque d’en parler à des gens que je ne connaissais pas vraiment, des cadres de banque, parce qu’il fallait bien que je me confronte au réel. C’est difficile, mais l’avance que l’on a est finalement la meilleure défense. Arrivé à ce stade, il faut aller très très vite pour ne pas se faire voler l’idée. »

Olivier Picard : « Et dans cette démarche, c’est la première fois que l’on créé une entreprise, on n’a pas d’expérience, même si l’on a une expérience de salarié, cadre, manager, as-tu eu dans ton entourage une personne qui a fait office de mentor, dans ta famille, amis… »

Charles Beigbeder : « Absolument. J’ai eu la chance de rencontrer un Business Angel qui a joué le rôle d’accompagnateur. Il est très important lorsqu’on créé une boîte de s’entourer de Business Angel, non seulement parce qu’ils apportent des capitaux mais parce qu’ils vont être des personnes avec qui vous pourrez faire du pingpong intellectuel sur tous les sujets et cela est extrêmement important. Surtout lorsque l’on n’a pas d’expérience et que c’est la première création d’entreprise. Il s’agit de Gilles Breguet, ancien industriel, qui a investi un petit ticket dans Selftrade et m’aidait constamment dans les décisions stratégiques d’une entreprise en démarrage. Puis progressivement d’autres administrateurs ont joué ce rôle. Il est extrêmement important de bien s’entourer. Même si l’on n’ouvre pas son capital, il y a des réseaux d’accompagnement qui existent partout en France, par secteur d’activités, par zones géographiques, pour les entrepreneurs femmes, pour les jeunes et les moins jeunes. Il y a maintenant beaucoup de bénévoles, d’anciens chefs d’entreprises, d’anciens cadres prêts à donner du temps à des créateurs d’entreprises et il ne faut pas hésiter à y recourir. »

Olivier Picard : Donc il ne faut hésiter à leur faire appel aux réseaux existants.

Charles Beigbeder : « Appel à de bonnes volontés. Ce sont souvent des personnes qui ont du temps, des retraités qui ne demandent que cela, que cela amuse. Ils sont prêts à donner de leur temps et parfois aussi un peu d’argent, ce qui est utile pour permettre à des créations d’entreprises d’émerger. »

Olivier Picard : « Et la vie de famille dans tout cela. Ces questions reviennent beaucoup sur les forums. Les gens se posent des questions par rapport à leur vie personnelle, leurs loisirs. Beaucoup s’imaginent mettre un « off » sur leur vie personnelle pendant 20 ou 30 ans. »

Charles Beigbeder : « En tout cas, pendant 3 ou 4 ans, il va falloir faire beaucoup de sacrifices. Je me souviens de mes weekends, il n’y en a pas beaucoup où je ne suis pas allé au bureau que ce soit le samedi ou le dimanche. Et lorsqu’on était invité à dîner chez des copains le vendredi soir, à 11 h du soir je devais quitter la table et m’allonger sur le canapé. C’est vraiment dingue quand on démarre, mais il est important de le faire en symbiose avec son épouse, en tout cas c’était mon cas et ça s’est très bien passé. Il se trouve que nous avons eu des enfants plus tard , je dois dire que c’était une bonne chose, parce que je me voyais mal mener de front une vie de bon père de famille avec des enfants en bas âge et une création d’entreprise. Donc, nous avons eu des enfants un peu plus tard. »

Olivier Picard : « Et avec du recul aujourd’hui, car c’est la 4ème société, il y a eu d’abord Selftrade qui a été la banque en ligne, c’était un concurrent d’e-Trade à l’époque de l’euphorie de la bulle internet, après il y eu POWEO, expérience qui a duré pas mal de temps… »

Charles Beigbeder : « Une dizaine d’années dans l’énergie. Nous avons été le premier concurrent d’EDF et de GDF. Puis nous avons été dans la production, dans le renouvelable, cela a été une aventure très complète. Nous avons vraiment participé à l’ouverture du marché français de l’énergie à la concurrence. Ensuite, il y eu d’autres entreprises que j’ai créées avec des entrepreneurs que j’avais rassemblés et où je n’étais pas PDG à 1000%. Il s’agit d’Agrogeneration, Happytime n’a pas marché malheureusement, Audacia marche très bien. Agrogeneration vient de fusionner avec une autre entreprise. Il y a d’autres entreprises moins connues mais qui vont l’être bientôt, elles sont entrain de « décoller ».

Olivier Picard : « On le souhaite. Et si tu avais à parler de ta plus grosse galère d’entrepreneur ? »

Charles Beigbeder : « Je crois que la plus instructive, cela a été le début de Seltrade. Pendant environ quinze mois, j’étais quasiment seul dans mon bureau, persuadé que j’avais raison, c’était une bonne idée, il fallait que ça existe, mais dans l’incapacité d’établir les contrats dont j’avais besoin avec les établissements bancaires de la place, qui refusaient par instruction oligopolistique de contracter avec Selftrade, parce qu’ils ne voulaient pas que nous existions. J’avais été un peu naïf. J’expliquais : « nous allons ouvrir les comptes bancaires chez vous et ainsi les gens vont pouvoir boursicoter pas cher par internet. » Il se dit : « il est fou, il veut casser le marché, il est hors de question que l’on travaille avec lui. » Finalement nous avons eu un conseil d’administration et nous avons failli arrêter l’activité. J’ai alors proposé un plan B ultime qui nécessitait d’aller voir la Banque de France pour qu’elle nous confère un agrément de teneur de comptes conservateurs, un agrément quasiment bancaire qui, pour une startup, n’avait jamais été obtenu. Nous l’avons obtenu quelques mois plus tard et Nous avons pu survivre parce que l’on était vraiment autonome.

Lorsque l’on crée une boite, on n’a pas que des copains et il y a toujours plusieurs solutions, pour aller du point A au point B, plusieurs chemins. Il ne faut pas désespérer malgré les moments assez difficiles. Heureusement, j’avais identifié celui qui allait devenir le co-fondateur de Selftrade, Antoine de Rochefort, qui m’a rejoint et était mon associé à mi-temps. Nous étions deux et pas déprimés en même temps (rires), c’est très important ! Outre le fait que j’avais le soutien de ma femme, lorsqu’Antoine était déprimé, moi je ne l’étais pas et réciproquement. C’est comme cela que nous avons survécu. »

Olivier Picard : « Cela t’a permis de garder la tête froide et d’appliquer ta stratégie. Et c’est cela l’important. »

Charles Beigbeder : « Il faut être plusieurs et il ne faut pas désespérer. Il faut garder un peu le sens de l’humour face aux obstacles et il y a toujours une solution. »

Olivier Picard : « A l’opposé, ton plus beau souvenir, parce qu’il n’y a pas que des galères lorsque l’on entreprend, il y a aussi de belles choses. »

Charles Beigbeder : « Le plus beau souvenir, il y en a plusieurs, mais l’introduction en Bourse de Selftrade était un évènement absolument insensé, c’était au plus haut de la bulle internet en mars 2000. Après, cela a été moins marrant. Un autre jour faste a été l’inauguration de la Centrale électrique de Pont sur Cendre, une magnifique centrale à haute efficience de 400 mégawatts fonctionnant au gaz naturel qui était sortie de terre ! Au début, c’est une feuille de papier, je dis : « il faut aller dans la production, » un bureau d’études nous aide à dégrossir le sujet et nous dit : « oui c’est possible, bien que cela n’a jamais été fait en France » et quelques années plus tard, il y a une centrale électrique sublime qui est là et revitalise un territoire complètement sinistré près de Maubeuge. C’est vraiment fantastique ! Il y a des grandes joies dans la vie d’entrepreneur. »

Olivier Picard : « Et pour conclure, si tu avais des conseils à donner à des personnes qui hésitent, qui ont peur de franchir le pas et se posent toutes ces questions ? »

Charles Beigbeder : « Et bien qu’ils n’hésitent pas, qu’ils franchissent le pas, il faut faire preuve d’audace, la vie c’est le risque, si l’on a franchement l’envie d’y aller, il faut y aller. On trouve toujours une solution face aux problèmes et quand bien même ce serait un échec, on peut rebondir, d’autant plus que la note de 040 de la Banque de France a été supprimée. Sauf si évidemment on fraude, il n’y a aucun problème à essayer.

Le risque d’échec n’est pas si dramatique, il y en a même qui valorisent. Je ne dis pas aux gens : « allez-y pour échouer » mais je leur dis : « allez-y pour réussir. » Si malheureusement ça ne se passe pas bien, ce n’est pas grave ! En tout cas, cela n’est pas réservé à une élite. Dans l’entrepreneuriat tout le monde peut l’être et cela est vraiment l’un des plus beaux métiers du monde ! »

Olivier Picard : « Merci Charles pour ton temps consacré sur Start&Boost. »

On en parle sur Facebook...

Leave A Response

* Denotes Required Field