création d'entreprise dans le conseil

Témoignage d’entrepreneur : Thierry Magin

2ème interview de la série. Thierry Magin cofondateur de MCR GROUPE.

Parcours de Thierry MAGIN (47 ans)
Co-Fondateur MCR Groupe
1995-2013
Thierry Magin crée la société MCR Consultants, avec son associé Frédéric Bonneton. Ils embarquent deux autres associés partis depuis. MCR Consultants est spécialisée dans le conseil en rémunération, avec un accompagnement qui va de la stratégie à la mise en œuvre et à la communication des dispositifs. Au début des années 2000, MCR entame une diversification gagnante avec la création de MCR Management, société spécialisée dans le développement des bonnes pratiques managériales. Parallèlement, la holding du groupe investit dans des activités connexes, sous forme de participations minoritaires.
1990- 1994
Thierry Magin intègre la société AEF (filiale du groupe Worms) spécialisée dans conception et la commercialisation de produits d’épargne pour les salariés. Il travaille tout d’abord en tant que commercial, puis développe avec un collègue l’activité de conseil en Epargne Salariale. Le duo fonctionne bien et l’activité se développe, ils ne se quitteront plus. En 1994 Thierry Magin et Frédéric Bonneton quittent l’entreprise pour créer leur société de conseil.
1986-1990
Après un BTS en Ingénierie Mécanique et Métallurgique, Thierry Magin intègre l’IFAG – Institut de Formation aux Affaires et à la Gestion, qui fait partie à l’époque du Groupe IFG.

Retranscription de l’interview.

Olivier Picard : « J’ai l’honneur aujourd’hui d’accueillir Thierry Magin, qui est un entrepreneur et également un ami. »

Thierry Magin : « MCR Groupe est une société de conseils en ressources humaines qui travaille sur deux sujets très particuliers, les politiques de rémunération des salariés dans les entreprises et le développement des bonnes pratiques de leadership pour les managers. Donc deux sujets complémentaires, disons que notre crédo c’est qu’on a constaté que souvent les stratégies d’entreprises étaient très bonnes, il y avait un bon coefficient d’élaboration et que souvent c’est le coefficient d’exécution, c’est-à-dire la capacité des leaders à entrainer les équipes qui faisait que le projet d’entreprise devenait finalement bon. Donc on parie sur deux sujets parmi d’autres, mais en tout cas des politiques de rétribution qui permettent d’aligner les comportements individuels et collectifs sur les objectifs déclinés du projet d’entreprise, ainsi que la formation et en fait la construction d’un bon leadership pour les managers pour qu’ils aient cette capacité d’entrainement des équipes. Voilà ce qu’est la MCR Groupe.

Olivier Picard : « Et comment t’est venue cette idée d’entreprendre ? Est-ce que tu avais l’envie d’entreprendre à la base et tu as cherché une idée, un projet sur lequel démarrer, ou d’un coup tu as eu une opportunité qui s’est présentée, une idée et là tu t’es dit : bon, il faut que je passe le cap, il faut que je me mette à mon compte, il faut que j’entreprenne. Ça a été quel départ pour toi ? »

Thierry Magin : « Ça s’est fait en fait assez naturellement. C’est avant tout un projet d’intraprenariat puisque mon associé et moi (nous sommes deux chez MCR Groupe), travaillions dans une entreprise qui commercialisait des produits d’épargne pour les entreprises, et au sein de ce cabinet nous avons créé un Pôle Conseil. En fait, c’est avant tout un projet d’intrapreneariat. Ce Pôle Conseil a pris de l’importance et c’est ensuite que nous est venue l’idée de « rouler pour nous » si je puis dire, et c’est comme ça qu’on a quitté l’entreprise et qu’on a créé MCR Groupe. »

Olivier Picard : « D’accord, donc en fait, ce qui a été le déclencheur pour toi, ça a été un moment donné de te dire, ce que je fais pour d’autres, maintenant je suis capable de le faire pour moi, de prendre les risques à mon compte et en plus, il y avait déjà un petit peu la structure plus ou moins établie, en tout cas l’association était déjà trouvée avec ton ex-collaborateur qui est devenu ton futur associé. Mais, as-tu eu quand-même des hésitations, enfin si tu as eu des hésitations, elles étaient de quel nature, de quel ordre ? »

Thierry Magin : « Je n’ai pas eu beaucoup d’hésitations en fin de compte. Un moment donné les choses sont devenues évidentes, on se sentait plus très bien dans l’environnement qui était le nôtre, on avait par contre beaucoup, beaucoup, beaucoup d’attentes et beaucoup d’envies, donc ça paraissait assez naturel de continuer à faire ce qu’on avait commencé à faire de manière naturelle dans un cadre un peu plus spécifique, construit pour nous, avec un vrai bisness plan, enfin voilà, on était dans cette dynamique, il n’y a pas eu vraiment de rupture, ça s’est fait assez naturellement. »

Olivier Picard : « D’accord, vous étiez déjà dans le train en marche et vous avez juste changé de rails, vous êtes passé à votre compte. »

Thierry Magin : « Voilà, quelque part cette entreprise nous a permis d’une certaine manière de commencer à élaborer notre projet dans un contexte finalement assez protégé. »

Olivier Picard : « As-tu eu une peur quand même au moment où vous avez vraiment quitté la structure dans laquelle vous étiez salarié à l’époque et vous vous êtes retrouvé effectivement à investir vos deniers personnels pour commencer l’aventure ? »

Thierry Magin : « Certainement un peu d’appréhension mais, certainement pas une peur, sinon je m’en souviendrais et en fait j’m’en souviens pas, donc de l’appréhension certainement sur le moment mais je pense que, en ce qui me concerne, je n’avais rien à perdre, j’étais jeune, je n’avais rien construit, je n’étais pas marié, je connaissais à peine mon épouse, donc en fait, j’avais vraiment très peu de choses à perdre et c’est vraiment le moment idéal pour entreprendre. »

Olivier Picard : « D’accord, donc si tu as un conseil à donner c’est : faites-le le plus tôt possible ! »

Thierry Magin : « Faites-le jeune, faites-le effectivement quand vous n’avez pas toutes ces valises à porter, c’est vraiment le moment idéal et souvent les idées, le talent n’attendent pas le nombre des années. Souvent de jeunes entrepreneurs en herbe ont un peu peur de se lancer en se disant « je manque un peu de maturité ». Je pense que ce n’est pas vrai, il ne faut pas, enfin bon, je pense que c’est légitime de se poser la question, mais, je crois que c’est un proverbe chinois qui dit que l’expérience est une lanterne qui n’éclaire que le chemin déjà parcouru.

Donc ce qui reste à faire, voilà ce sont les jeunes entrepreneurs qui doivent l’accomplir. Donc ce n’est certainement pas une bonne raison, certainement pas en tout cas une bonne objection de se dire qu’on n’a pas assez d’expérience, voilà, c’est peut-être mon premier conseil si je devais en donner. »

Olivier Picard : « As-tu eu une sorte de mentor à l’époque en dehors de ton associé, je ne sais pas, dans ton entourage ou parmi tes amis. »

Thierry Magin : « Alors, je n’ai pas eu à proprement parler de mentor, par contre j’ai été très, très bien soutenu par mes amis. J’ai des amis qui étaient sur d’autres projets et qui ont toujours été là, vraiment de bons conseils, j’en ai deux ou trois dont on a gardé d’excellentes relations et c’est vrai que ça, ça m’a aidé, peut-être que si j’avais eu un vrai mentor au sens professionnel, ça m’aurait permis, ça nous aurait permis peut-être d‘aller plus vite, de gagner du temps. Donc c’est vrai que, lorsqu’on a l’opportunité d’être accompagné, je pense que c’est une bonne chose. »

Olivier Picard : « Dans le domaine d’activités que tu décris, y a peut-être moins d’innovation au sens technique, au sens rupture technologique que pour des gens qui vont se lancer dans des projets type startup. Mais néanmoins on a toujours une idée, elle peut être innovante et penses-tu qu’il vaille mieux la garder pour soi, la protéger au maximum et du coup ne pas bénéficier du conseil des autres, ou il ne faut pas hésiter à en parler autour de soi, pour pouvoir enrichir l’idée avec une confrontation d’un point de vue extérieur, au risque de, effectivement, diffuser cette idée, quitte à avoir besoin d’aller plus vite pour la mettre en œuvre ? »

Thierry Magin : « Mon sentiment c’est qu’on a autant de risque de se faire voler une idée en en parlant qu’en n’en parlant pas. »

Olivier Picard : « Oui, en fait il peut y avoir quelqu’un qui ait la même idée à l’autre bout de la planète au même moment. »

Thierry Magin : « Evidemment, c’est comme ça surtout quand il y a des ruptures technologiques il y a des marchés qui s’ouvrent et donc évidemment on est rarement seul à avoir une idée, alors c’est peut-être pas tout-à-fait la même, mais la différence se fera rarement dans l’idée, mais plus encore une fois dans la capacité à la mettre en œuvre. Pour exemple, si on reprend la saga Facebook, les deux frères dont j’ai oublié le nom, qui attaquent Marc Zuckerberg en expliquant que c’est eux qui ont eu l’idée, dans l’affaire ils ont récupéré 60 millions ou 65 millions de dollars, voilà. Je n’suis pas certain que s’ils avaient fait leur projet seuls, ils auraient eu une entreprise qui aurait eu cette valeur, voilà. Donc, même si on n’a pas su évidemment toute l’histoire, même si ça s’est avéré et qu’ils ont effectivement livré l’idée, quelque part ils s’en tirent bien.

C’est un peu un contre-exemple mais je dirais que voilà, il faut faire confiance, il faut challenger les idées etc… au moins il se passe des choses.

Enfin, s’ils n’avaient pas parlé de cette idée à Marc Zuckerberg, il est possible que rien ne soit né de ce projet. »

Olivier Picard : « Oui effectivement, en fait tu veux dire que le talent, ou la richesse du projet, sont autant dans le plan d’exécution que dans l’idée à la base. »

Thierry Magin : « Exactement. Un petit peu comme dans nos métiers, je te disais tout à l’heure que nous on travaille en fait sur les outils qui vont permettre d’avoir un bon coefficient d’exécution. Comment mettre en place une stratégie qui est bonne avec un bon coefficient d’élaboration pour qu’elle devienne bonne réellement avec un bon coefficient d’exécution. Dans nos métiers, en tout cas en ressources humaines, on sait que, quand on a des équipes engagées, volontaires et dont les comportements sont orientés sur les objectifs du projet d’entreprise, et bien ça fonctionne. Donc là typiquement, c’est vrai que le coefficient d’exécution va être au moins autant déterminant que l’idée elle-même. »

Olivier Picard : « Et la vie de famille dans tout ça, comment tu arrives à la gérer par rapport à la vie professionnelle ? Je sais que tu es un grand sportif donc t’as ça en plus à gérer. »

Thierry Magin : « (Rires) Aujourd’hui, avec le recul, y a davantage une recherche d’équilibre, c’est de ne pas trop privilégier ou défavoriser « une vie » par rapport à l’autre, maintenant c’est vrai que… c’est des choix que chaque personne doit faire, en ce qui me concerne j’essaie quand même d’équilibrer effectivement le temps que je consacre à ma famille et à d’autres objectifs que des objectifs professionnels, maintenant c’est une question aussi de période, y a des périodes où on a justement de nouveaux projets qui vont nécessiter une forte implication, il faut savoir gérer dans la durée.

C’est sûr qu’il y a toujours des risques de burnout d’une manière ou d’une autre, voilà j’essaie d’équilibrer au mieux, j’ai conscience que la vie est faite de business j’adore ça (rires), mais c’est important aussi d’avoir un regard sur les deux côtés, voilà.

Mais je pense que ça c’est vraiment une question difficile, parce que on a à la fois sa nature avec laquelle il faut se battre, on est tous différents, et il y a un risque de trop investir d’un côté ou de l’autre, c’est sûr. »

Olivier Picard : « Oui, en fait le risque c’est quand on s’amuse dans son job, quand on prend du plaisir à le faire, c’est là où on a un peu un risque de délaisser sa vie de famille et la mettre de côté. »

Thierry Magin : « C’est sûr que ça restera un sujet délicat et très longtemps. (Rires). »

Olivier Picard : « Et forcément, quand on entreprend, on prend des risques, on prend des risques et le plan n’se déroule pas comme on le souhaite exactement, et quelle a été ta plus grosse galère que t’as eue à affronter ? »

Thierry Magin : « Ma plus grosse galère, à une époque, quand il a fallu gérer une baisse de 20 % du chiffre d’affaires et puis se séparer d’un associé, dont on ne voulait plus pour différentes raisons, et évidemment un bonheur n’arrive jamais sans un autre, on a cumulé en fait ces deux difficultés.

En même temps, voilà, donc ça a été une période assez difficile. Ça a duré un an, un an et demi et puis avec toutes les conséquences liées au business, alors le truc qui est vraiment très désagréable, c’est typiquement un truc que je déteste, c’est de devoir courir après la trésorerie. C’est vrai que quand on rentre dans cette phase où le business ne va pas trop bien et qu’il faut courir après la trésorerie, c’est vraiment pénible. Sinon à la limite, si je pouvais perdre, de temps en temps, en espérant que ça ne dure pas trop longtemps, 10-20 % de business sans les problèmes de trésorerie, j’en ferais pas un cas mais voilà, c’est vraiment les conséquences parce qu’à la limite que le business soit fluctuant, parfois c’est la donne, on est sur des marchés qui sont… on n’est pas dans les trente glorieuses, toute notre génération, tous les entrepreneurs amis que nous avons autour de nous sont aptes à encaisser sur le principe des variations d’activité voilà. Ce que je trouve le truc le plus pénible c’est de courir après l’argent voilà. »

Olivier Picard : « Oui, parce qu’en fait courir après la trésorerie, on gère dans l’urgence et quand on est dans l’urgence, on a du mal à prendre du recul et on a du mal à faire les bons choix et à préparer le futur voilà. »

Thierry Magin : « Ton boulot dans ces moments-là c’est de tout faire pour préparer l’avenir et renflouer tout ça. »

Olivier Picard : « D’ailleurs ça peut vraiment devenir un cercle vicieux, il faut se méfier. »

Thierry Magin : « Oui, c’est clair. »

Olivier Picard : « La vie d’entrepreneur ça réserve aussi des belles surprises et si tu as des beaux instants à partager ça seraient lesquels ? »

Thierry Magin : « C’est plein de petits moments, il faut essayer de vivre des petits bonheurs au quotidien comme dans la vie d’une manière générale, voilà, d’être bien dans sa vie d’entrepreneur, c’est la quête. Un petit souvenir quand même, le 1er million d’euros de chiffre d’affaires, ça c’était sympa. Bon, le 2ème ça n’a pas fait le même effet et le 10ème on n’y est pas encore, donc voilà, en tout cas le 1er million d’euros c’était vraiment très sympa ! »

Olivier Picard : « C’était un seuil psychologique »

Thierry Magin : « Oui, c’était un seuil psychologique, c’était vraiment une 1ère étape, ça voulait dire qu’on avait un 1ère équipe construite de collaborateurs, pour pouvoir les réaliser dans de bonnes conditions, donc c’était une vraie étape, c’était très sympa. Je me souviens qu’on avait fait une grosse fête et on avait fait venir un groupe de salsa, une vingtaine de salséros. »

Olivier Picard : « Ah oui ce n’était pas pour un anniversaire, les dix ans ou les deux ans, non, c’était par rapport au million, c’était le million, le million ! »

Thierry Magin : « ça c’était un bon souvenir d’entrepreneur. »

Olivier Picard : « Et donc si tu avais des conseils à donner à un jeune qui hésite, jeune ou moins jeune, quelqu’un qui hésite à se mettre à son compte, quel serait ton premier conseil ? »

Thierry Magin : « S’il hésite un peu, je lui dirais que c’est le moment de prendre son destin en mains, que le vrai risque c’est de ne pas avoir fait le nécessaire quand c’était le moment et d’avoir des regrets et souvent, on peut penser qu’on n’est pas prêt, on en discutait tout à l’heure, et surement qu’ils sont prêts, vous êtes prêts ! »

Olivier Picard : « Thierry, je te remercie de cette interview. Je sais que dans ta vie tu as pris des risques plus importants d’ailleurs. Je me rappelle une fois où tu m’as invité dans ta maison à la Baule, au Croisic, on était en avion et j’ai un peu failli foirer mon atterrissage, (rires). On a évité un goéland au dernier moment, voilà, comme quoi il y a des risques plus importants dans la vie que d’entreprendre ! (rires). »

Thierry Magin : « C’est clair, merci Olivier. »

Olivier Picard : « merci Thierry. »

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